Retour  |  Ajouter au panier   Pierre Péron à livre ouvert
La Bibliothèque d'Etude a organisé en 2005 une exposition consacrée à Pierre Péron. Editions rares, dessins originaux, correspondance, manuscrits autographes ...


Pierre Péron à livre ouvert

Pierre Péron

L'exposition « Pierre Péron à livre ouvert » organisée par la Bibliothèque municipale de Brest entend explorer l'intimité de l'artiste et de l'écrit en mettant en lumière son oeuvre d'illustrateur. Tâche plus ardue qu'il n'y paraît puisque l'éclectisme est ici la règle : du dessin de presse au livre pour enfants en passant par le roman maritime, Péron saute du coq à l'âne1.

Pour que néanmoins le visiteur s'y retrouve dans ce foisonnement  vertigineux, un parcours bibliographique lui est proposé, qui met l'accent sur trois thématiques structurantes .


La Bretagne

La Bretagne tout d'abord, qui fit l'objet, depuis le début du siècle, d'un engouement soudain. Et cette récente découverte - ou invention, comme on voudra - du folklore, s'accompagna d'un cortège de textes porteurs d'une identité nouvellement créée. Gloire est faite désormais aux moeurs simples et belles du petit peuple comme aux richesses insoupçonnées que recèlent églises et chapelles.

Sans doute cette image d'Epinal de la Province annonçait-elle une nouvelle esthétique à laquelle Pierre Péron prit assurément une part active. Aussi le voit-on illustrer certains livres emblématiques du renouveau breton de l'immédiat après-guerre. Leurs auteurs : Florian Le Roy, Charles Chassé, Louis Ogès, Visant Seité ou encore Jakez Riou.

Mais ce n'est pas tout : si l'Argoat a sans nul doute excité l'imaginaire de Péron, l'Armor revêt - on en conviendra aisément - une importance particulière pour le peintre de la Marine qu'il fut. Rien d'étonnant, donc, à ce que son pinceau se soit frotté aux romans maritimes de quelques Bretons aux accents étonnamment conradiens tels Roger Vercel, Jean Mordreuc, Georges-Gustave Toudouze et Gilles Avril.

C'est entre terre et mer, en somme, que Péron a développé son art. Entre terre et mer, c'est-à-dire, à Brest - autre jalon essentiel de la Bretagne de Pierre Péron. L'artiste y est né (en 1905) et y a vécu, après la destruction, perché dans une tour de Recouvrance - point de mire idéal permettant d'embrasser d'un seul regard le Château, le bas de Siam, le pont levant, la Tour Tanguy, l'arsenal et, au loin, le goulet et la rade. Aucun détail de la ville ni de ses habitants qui n'ait échappé à l'oeil attentif, ironique et souvent ému de Péron, à qui l'on doit par ailleurs un Rendez-vous rue de Siam aux allures de carnet de voyage citadin.


L'environnement littéraire de Pierre Péron

Per Jakès-Hélias par Pierre Péron

La deuxième étape du parcours met en évidence l'environnement littéraire de Pierre Péron, dont certaines figures émergent avec un relief particulier : Pierre Mac Orlan, bien sûr, dont certains textes consacrés à la destruction de la Cité du Ponant sont directement inspirés - et non l'inverse - des dessins de Péron. Per Jakès-Hélias, également, s'inscrit dans l'horizon du Brestois : au-delà de préoccupations communes sur le sort et l'avenir de la culture bretonne, ce sont deux esthétiques qui trouvent, notamment dans Les contes du vrai et du semblant, leur point de rencontre. 

Citons encore Prévert, Anatole Le Braz, Henri Queffélec. Tous ont, d'une façon ou d'une autre, attiré l'attention de Péron et suscité nombre de dessins, dont certains n'ont jamais été publiés. Impossible, dans cette reconstitution (forcément schématique) du monde de Péron, de passer sous silence son appartenance au Seiz Breur. Ce mouvement artistique fortement identitaire a rassemblé, entre les deux guerres, une cinquantaine d'artistes aux profils variés. Graveurs, affichistes, sculpteurs, peintres ont tenté d'exprimer diversement leur attachement à la Bretagne, à ses racines celtes et à sa mythologie. Encore une occasion pour Péron de renouveler son art : les lignes se font plus géométriques, entrelacées, monochromes, hiératiques, comme en témoigne entre autres la couverture du Gurvan de Malmanche.

Le caractère populaire de l'art de Péron.

Le troisième axe thématique rend hommage, enfin, au caractère populaire de l'art de Péron. Populaire parce que, comme Tintin, l'oeuvre se destine à toutes les tranches d'âge ; populaire aussi parce que les individus, les citadins, les Brestois en particulier, en sont les acteurs principaux. Les livres illustrés par Péron portent, là encore, la marque de cette familiarité voulue avec son public. L'humour y est fréquent (T'as pas su ?), mais la tonalité se fait parfois pathétique lorsqu'il est question de Jean Quéméneur à Recouvrance... Le moins que l'on puisse dire, c'est que Péron a accompagné ses concitoyens dans leur quotidien - jusqu'aux premières pages du Télégramme ! - en leur offrant comme en un miroir l'image de leur propre existence.

Le télégramme de Brest, janvier 1967 par Pierre Péron

Le centenaire de la naissance de Pierre Péron offre à la ville de Brest et à la Bibliothèque municipale en particulier l'occasion de rendre un nouvel hommage à cet artiste en présentant la plupart des livres illustrés par ses soins accompagnés de dessins originaux, lettres ou encore manuscrits autographes.

Nicolas Tocquer
Conservateur chargé du patrimoine

1 L'artiste lui-même le revendique : "Au risque de déconcerter les critiques, je saute du coq à l'âne avec joie", in l'Art et la Mer, N°16, 1978.

Entrée Libre

  • du 4 octobre au 19 novembre 2005
  • Tout public